Il y a quelques jours, j'ai mis la main sur une
mine de trésors. Une vieille pochette du lycée retrouvée dans un carton
sale, et arrivée ici à Lyon presque par hasard.
J'appréhendais un peu de découvrir ce que j'allais y trouver. Je n'ai pas été déçue.
La pochette contenait une pile de bulletins scolaires, de la 6e au bac.
Toute mon adolescence retracée, racontée même, en quelques feuilles. Je
ne suis pas bien vieille, qu'on se le dise, mais quand on a zappé une
période de sa vie et qu'elle resurgit du jour au lendemain, on ne peut
s'empêcher d'être troublé.
Bref, je me suis pris un sacré coup de vieux.
Et d'une, je me suis rappelée à quel point j'étais bonne élève étant
enfant. Je me tapais des moyennes annuelles à 19/20, les commentaires
des profs ne tarissent pas d'éloges.
Ensuite, au lycée, j'ai été un peu moins brillante : je suis passée à
15/20. J'étais quand même la première (et oui, à chaque classe son classement...), mais mes enseignants semblaient
me reprocher un peu trop de bavardages. Cela coïncide sans aucun doute
avec mon intérêt soudain pour les garçons, un peu trop
ignoré à mon goût d'ailleurs. Quelle horrible période quand j'y
pense.
Après mon parcours s'est quelque peu accéléré : bac, grande école,
boulot, indépendance financière... Pas de cursus très glorieux, mais
rien dont je pourrais rougir aujourd'hui.
Pourtant il y a quelques mois, ma meilleure amie m'a révélé sa pensée :
" Tu sais Sylviette, je me dis parfois que tu as pris une drôle de trajectoire.
- Comment cela ?
- Oui. Quand je pense que tout ce temps où nous avons été à l'école
ensemble (c'est-à-dire de la primaire au lycée), c'était toi la
meilleure de tous.
- Ah oui ? (à ce moment-là, je n'avais pas retrouvé mes bulletins).
- Oui, ça me fait drôle de voir qu'aujourd'hui tu fais le boulot que tu
fais, alors que tu aurais pu faire de l'ingénierie ou de la recherche...
- Ben, tu sais bien que ça ne m'intéresse pas. Et puis je suis fainéante, la fainéantise n'a rien à voir avec la capacité.
- Oui je sais, je ne voulais pas dire que tu avais mal tourné. Juste que tu aurais pu... être vachement plus ambitieuse !
- ..."
Bien sûr, le souvenir de cette conversation m'évoque davantage de
tendresse que d'amertume. Il est vrai que j'ai choisi d'une certaine
manière la voie de la facilité, de la rapidité, et que le carriérisme
ne m'étouffe pas.
J'assume ma paresse structurelle.
(Et j'emmerde les diplômes !)