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La vie en rouge


50% des asiatiques présentent un déficit de ALDH2. C'est une anomalie enzymatique, un enzyme en moins quoi, responsable de l'intolérance à l'alcool.


Etant moi-même d'origine asiatique, je n'ai pas mis longtemps à comprendre que je faisais partie des 50%. Ma mère ne boit pas, ma soeur non plus. Moi si, mais en contrepartie je passe systématiquement par la phase plaques sur le visage, puis visage tout rouge pendant une petite heure. Aucune douleur, jamais de cuite, juste la gueule rouge.

Cette particularité, avec laquelle je vis depuis toujours et qui fait bien marrer les copines, a donné lieu à des centaines de situations incongrues : regards effarés des personnes non averties (dans le milieu professionnel notamment, ça craint quand même), combinés de téléphone décroché prêt à appeler les pompiers, séjours forcés sur le balcon de l'appartement où avait lieu la fête...

Aujourd'hui j'assume cet état assez bien. Je me suis rendue compte que les gens trouvaient cela
au mieux mignon, au pire très drôle.

Le hic est que depuis le temps que je suis au courant de cette intolérance, je n'ai toujours pas compris quels en étaient les critères de déclenchement : la quantité bue ? le type d'alcool ? la fatigue ? la peur de devenir rouge ?.... La logique de tout cela reste assez obscure : il m'est arrivé de partir en vrille au bout de deux gorgées de bière, mais aussi de rester parfaitement stoïque après une soirée bien arrosée.
Allez comprendre.

Ce matin, j'ai découvert un nouvel aspect de mon intolérance à l'alcool.

Après une nuit courte mais efficace, conséquence d'une soirée bien arrosée avec mes nouveaux amis d'Abus de ciné, je me suis levée avec une mauvaise sensation d'ébriété. Tête qui tourne, bouche pâteuse ("gueule en cuir" comme ils disent à Annecy), un vrai bonheur. Je suis partie au bureau un peu déconcertée, et surtout étonnée d'être dans cet état plus de six heures après mon dernier verre de vin.

Mais le pire restait à venir.

J'ai commencé à avoir des plaques, puis la gueule toute rouge... à 10h, entre deux réunions ! Comme si je venais de boire un verre d'alcool ! En somme, mon allergie avait été reportée... au lendemain, comme si mon corps était trop crevé pour se rappeler qu'il lui manquait la fameuse enzyme.


Hallucinant non ?




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