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Mon père ce véritable héro


A 8 ans, mon père se boucha les oreilles pour ne plus entendre le son des mitraillettes nazies qui résonnaient dans la cour.
A 12 ans, il décida de devenir prêtre et entra en internat.
Après le bac, il étudia la philosophie et la théologie. Guerre d'Algérie oblige, il dût interrompre ses études pour rejoindre le bataillon. Il devint infirmier sur le tas et fut chargé, entre autres missions, de recoudre les corps dépecés des soldats décédés afin de les rendre présentables au moment de l'identification.
28 mois plus tard, il rentra à Paris pour finir son séminaire de théologie, s'engagea auprès de la mission française et s'envola pour la Malaisie. Il avait 26 ans.
Devenu officiellement missionnaire, il fut ensuite envoyé en Inde pour y apprendre le tamoul. Il y resta deux années.
Il revint en Malaisie, mais ne fut plus tout à fait le même. Face aux réalités sociales, il se rendit compte que parler du bon dieu était un peu limité. "J'étais chrétien, mais avant tout humain". Il aida des familles et des villages à s'instruire, s'organiser, travailler. Ses méthodes furent sévèrement critiquées par ses supérieurs, parce qu'elles sortaient du cadre de sa mission de christianisation.
Au passage il rencontra ma mère, une jeune chinoise peu instruite mais volontaire.
Usé par la désapprobation de ses pairs, fatigué du dogmatisme et déçu par l'Eglise, mon père décida un jour de rentrer en France. Il demanda pour cela au pape sa réduction à l'état laïc.Il avait alors 38 ans, et son pays n'était plus vraiment le sien.
De Paris il garda contact avec ma mère, à qui il conta fleurette  à distance pendant quelques mois. Il parvint à la rapatrier en France pour l'épouser alors qu'elle n'avait que 21 ans.
Final : il trouva un emploi de technicien dans un grand aéroport, ne baptisa pas ses filles et ne retourna plus à la messe.

J'ignorais un tas de détail, notamment concernant les motifs de son désengagement de l'Eglise et sa perte de confiance dans la religion. Je savais par contre que mon père cachait derrière lui un vécu extraordinaire, fait de voyages et de rencontres. J'ai d'ailleurs grandi au croisement des cultures française, chinoise et indienne, à l'image du passé de mes parents.
Pour la première fois, j'ai eu le plaisir de voir mon père mettre sa pudeur et son orgueil de côté. Pour déballer le morceau, de lui-même.

Je lui ai pardonné plein de choses du coup.

Rachid, ça ne te rappelle rien tout ça ?...
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